Catégorie : Petit déjeuner

*Petit déjeuner* Engagement & partenariat patient

Retour sur le séminaire du 7 février 2019 :
Engagement des patients et partenariat au sein du système de santé : application à la prévention et expérience québécoise

Par Julie Haesebaert,
Maître de Conférences – Praticien Hospitalier (MCU-PH) en santé publique à l’Université Lyon 1 et aux Hospices Civils de Lyon,
Membre de la Chaire Prevent'Horizon

La prévention en santé est le plus souvent perçue comme bénéfique par le public. Pour autant cela est loin de suffire pour s’engager à adopter un comportement préventif. Comment passer de la perception d’un bénéfice souhaitable à la prise d’engagement ? La définition des modalités de la relation médecin-patient peut, à cet égard, constituer l’enjeu de cette prise d’engagement.

Illustré par le slogan « Nothing about us without us », l’engagement des patients et citoyens, utilisateurs finaux du système de santé, est un phénomène se développant au niveau international visant à promouvoir la participation active des patients et citoyens, à intégrer leurs préférences et renforcer leur influence sur les décisions prises au niveau individuel et collectif. Cet engagement peut se traduire à tous les niveaux du système de santé, dans les soins, la recherche, la gouvernance et les politiques de santé. Plus qu’un phénomène de mode ou un acte militant, l’engagement des utilisateurs finaux reflète un changement profond de la perspective adoptée dans le fonctionnement du système de santé, répondant à une triple logique : démocratique, morale et conséquentialiste. Intégrer la perspective des patients et citoyens permet d’identifier les priorités les plus pertinentes pour eux, d’aligner les propositions et décisions prises avec leurs besoins et donc de favoriser leur adhésion aux mesures proposées.

Si les approches intégrant la perspective des patients sont encore peu fréquentes en France, elles sont particulièrement développées au Canada et particulièrement au Québec. Le « Modèle de Montréal »1 propose un cadre décrivant le continuum de l’engagement dans les différents champs du système de santé. Nous nous appuierons sur ce cadre pour présenter les modalités de mise en œuvre possibles dans le champ de la prévention, les bénéfices attendus et évoquerons les enjeux et défis de cette démarche.

1Pomey M-P, Flora L, Karazivan P, Dumez V, Lebel P, Vanier M-C, et al. Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de la santé, Santé Publique. 2015;S1 HS:41–50.

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*Petit Déjeuner* Déni et biais de perception

Retour sur le séminaire du 6 décembre 2018:
Déni et biais de perception : les défaillances de la prévention en santé

Par Meglena JELEVA, Professeure d’économie à l’Université Paris Nanterre
Laboratoire EconomiX
– CNRS 

Déni et biais de perception

Le dépistage des cancers, les comportements alimentaires, la pratique sportive sont autant d’exemples de mesures de prévention moins adoptées en France que ce que préconisent les autorités de santé. La promotion de la santé et la prévention constituent le premier axe de la Stratégie nationale de santé 2018 – 2022 du Gouvernement qui met en place une politique de prévention organisée autour de 25 mesures-phares.

L’efficacité de ces mesures dépend d’une bonne compréhension des déterminants complexes des comportements de prévention. Pourquoi les individus sous-investissent-ils dans la prévention ? Les travaux de l’économie comportementale mettent en avant le rôle joué par la perception des risques, et aussi par les préférences temporelles et sociales.

Après avoir analysé, dans un cadre général, l’impact de la perception des risques et des préférences sociales sur les choix en matière de prévention primaire et secondaire, nous présenterons les résultats de deux études expérimentales portant l’une sur les liens entre assurance santé et investissement en prévention, et l’autre sur l’impact de la communication sur les risques sur les choix en matière de prévention de la pollution de l’air.

 

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*Petit déjeuner* Sommeil et prévention

Retour sur le séminaire du 27 septembre 2018 :
Dormir plus pour gagner plus

Par Stéphanie MAZZA, Professeure des Universités en Neuropsychologie
Laboratoire HESPER
– CRNL 

Retour sur ce séminaire : article rédigé par l'Institut Louis Bachelier

Slides disponibles ici 

 

 

 

 

 

 

 

Selon l’enquête menée par l’institut national du sommeil et de la vigilance, plus d’un français sur trois présenterait des problèmes de sommeil. Le manque de sommeil pourrait être une nouvelle épidémie mondiale, touchant 33 à 45% des adultes selon une étude Australienne.

Le manque de sommeil n’est pas uniquement le résultat de maladies du sommeil. Nos mauvaises habitudes, le manque de considération actuel concernant le sommeil et l’utilisation des écrans en soirée sont les sources principales de la réduction chronique de notre temps de sommeil. Les conséquences sont lourdes et concernent même les plus jeunes : augmentation du risque de diabète de type 2, réduction du volume de matière grise cérébrale, sensibilité plus grande aux infections, altération des capacités cognitives, augmentation du risque de dépression… La réduction du volume de nos nuits altère aussi bien la santé que les capacités de travail. Les travailleurs insomniaques présenteraient deux fois plus d’absentéisme que les bons dormeurs.

Les conséquences économiques du manque de sommeil se chiffreraient à plus de 100 milliards d’euros par an pour un pays comme la France*. Compte tenu de l’évolution négative des habitudes de sommeil, la facture devrait encore s’accroitre.
Comment endiguer cette épidémie ? La restauration d’une bonne hygiène de sommeil peut se faire par des mesures de prévention et d’éducation simples. Et pourtant, le mot sommeil n’a jamais été utilisé dans l’énoncé des 25 mesures-phares de la politique de prévention 2018.

*D. Hillman et al. The economic cost of inadequate sleep, SleepJ, 2018

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*Petit déjeuner* La lombalgie chronique : fléau médical et financier

Retour sur le séminaire du 14 Juin 2018:
La lombalgie chronique : fléau médical, social et financier. Facteurs de chronicisation et prise en charge

Par le Docteur Emmanuelle CHALEAT-VALAYER, Docteur Grégoire LE BLAY
Centre Médico-Chirurgical de Réadaptation des Massues, Lyon – Croix Rouge Française

 

Première cause d’arrêt de travail et de troubles musculo-squelettiques, plus de 6 millions de consultations, près du tiers des actes de kinésithérapie en ville, les lombalgies, qui désignent les douleurs du bas du dos, sont un véritable cauchemar pour des millions de personnes, aggravés par notre mode de vie sédentaire. Elles touchent toutes les catégories de personnes et tous les âges sont concernés. 540 millions de personnes souffrent de lombalgie dans le monde mais sont mal prises en charge, c’est le constat dressé par les auteurs d’une série de deux articles publiés encore récemment dans « The Lancet » (1). En France, la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), pour tenter de lutter contre les idées reçues sur la lombalgie a lancé une campagne de communication en novembre 2017 : « Bouger vous ». Mais lorsque la douleur est persistante au-delà de 3 mois, on parle de lombalgie chronique et on est face alors à un véritable fléau social, médical et financier qui conduit des salariés à des arrêts de travail de longue durée, voire une désinsertion sociale et professionnelle.  Le pronostic fonctionnel est sombre, la probabilité de reprise de travail est inférieure à 50 % après un an d’arrêt de travail continu et nulle après 2 ans. C’est la troisième cause de handicap chronique dans la classe d’âge de 45 à 64 ans et la première cause d’invalidité avant 45 ans dans les pays industrialisés.  La prise en charge médicale classique s’est avérée inefficace dans la  lombalgie chronique. Ainsi, ces dernières années, l’approche clinique a évolué  d’une approche biomédicale classique vers une approche bio-médico-psycho-social dans laquelle la « médecine physique et de réadaptation »(MPR) développe ses moyens d’actions.   Les revues de la littérature, étayées par de nombreuses recommandations, montrent l’efficacité des programmes multidisciplinaires intensifs (exercices actifs de restauration fonctionnelle, thérapies cognitivo-comportementale, éducation thérapeutique) intégrant la dimension psycho-sociale et un accompagnement au retour à l’emploi. Ces prises en charge multidisciplinaire permettent de diminuer les arrêts de travails dus à la lombalgie chronique (2). Actuellement, la sous-information publique et médicale quant au programme multidisciplinaire de MPR, la saturation des hôpitaux proposant ce type de programme,  est responsable d’un défaut de prise en charge des individus souffrant de lombalgies chroniques. De nombreuses recommandations ont été formulées de par le monde ; elles sont relativement claires mais posent, pour la mise en œuvre, un problème de choix de société de santé publique car la ressource est rare. Il reste une réelle difficulté quant à l’intervention la plus appropriée au bon moment pour le patient, les professionnels de santé, le décideur et le tiers payeur.

(1) Low back pain: a major global challenge. Stephanie Clark, Richard Horton. The Lancet. Published: March 21, 2018

(2) Chou  Diagnosis and treatment of low back pain : a joint clinical practice guideline from the American College of Physicians and the American Pain Society . Ann Intern Med 2007

 

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*Petit déjeuner* Impact des programmes de prévention santé

Retour sur le séminaire du 8 février 2018 :
Quel impact des programmes de prévention santé sur l’arbitrage auto-prévention / assurance

Par Jean-Yves Lesueur, Professeur à l’université de Lyon, membre de la Chaire Prevent’Horizon

Petit déjeuner Chaire

Le premier petit déjeuner de la Chaire Prevent’Horizon s’est déroulé le 8 février 2018 dans les locaux du partenaire Actuaris à Paris. Jean-Yves Lesueur, professeur à l’université de Lyon et membre de la Chaire, a présenté devant près de 50 personnes un premier état d’avancement de ses travaux portants sur l’impact attendu de l’adhésion des assurés aux programmes de prévention santé issus de l’ANI, sur leur arbitrage « auto prévention / couverture assurance ».

La mise en place de l’ANI depuis le 1/01/2016 et l’obligation faite aux assureurs d’investir au moins 2% des cotisations dans des actions de prévention dans leur offre de complémentaire santé au titre des contrats collectifs, a modifié l’environnement de choix des assurés à plusieurs égards. D’une part c’est un nouveau menu de contrats associant service d’assurance et service de prévention (souvent par inclusion) qui est offert à l’arbitrage des assurés. D’autre part, souvent associés à des objets connectés, l’assureur peut a priori mieux contrôler les efforts menés par les assurés en matière d’hygiène de vie et de santé. L’impossibilité, contrairement au principe du « pay as you drive » de l’assurance automobile, de mettre en œuvre une tarification discriminante en fonction des comportements en matière de prévention santé, a conduit la plupart des programmes de prévention offerts par les assureurs à baser les incitations à l’adhésion sur la gratuité du service offert ou sur un effet subvention réduisant le coût de l’effort. En échange de bons comportements, l’assuré peut obtenir des tarifs préférentiels auprès de partenaires de l’assureur relevant des domaines de la forme et du fitness. Un accompagnement personnalisé des assurés en matière de prévention est également proposé pour inciter les assurés à adhérer au programme.

Jean-Yves Lesueur s’interroge sur l’influence de ce marché « émergent » de la prévention santé, sur la nouvelle stratégie d’arbitrage des assurés entre auto-prévention et demande d’assurance. Plusieurs questions directement liées à cet arbitrage sont abordées. Quels sont les facteurs d’adhésion à ces programmes de prévention ? Quels effets attendus des biais comportementaux ? Que devient le problème de l’aléa moral ? Peut-on espérer que les choix des assurés débouchent sur un bon appariement entre profil santé et choix de couverture assurancielle, ou doit-on anticiper un risque d’anti sélection ? Plus fondamentalement l’effet subvention dû à la gratuité est-il suffisamment incitatif pour atteindre les effets attendus de ces programmes, ou doit-on s’interroger sur un système de bonus-malus ?

Lors de son exposé, Jean-Yves Lesueur montre que les propriétés des modèles d’assurance issus de l’article précurseur d’Ehrlich et Becker sont totalement remises en cause sous l’effet subvention de l’offre de prévention par les assureurs. Dans le cas de l’autoprotection (prévention primaire) on assiste à une substituabilité (et non plus à une complémentarité) entre autoprotection et assurance, mettant en évidence un effet d’éviction qui est illustré par un comportement de « sous-assurance ». Dans le cas de l’auto-assurance (prévention secondaire), l’effet subvention conduit à une complémentarité (et non plus une substituabilité) entre l’effort de prévention et la couverture assurance, l’effet subvention générant un comportement de « sur-assurance ».

Après avoir étayé ses résultats par plusieurs études économétriques ou des expériences naturelles sur données américaines, canadiennes et européennes, Jean-Yves Lesueur souligne en conclusion que les prochains développements de cet axe de recherche de la Chaire visent à confronter ces propriétés aux données fournies par les partenaires assureurs de la Chaire.          

Voir ou revoir les slides de la présentation de JY. Lesueur

 

Abstract : La concurrence par comparaison des systèmes de santé Européen ne plaide pas en faveur du cas français. A dépenses de santé identiques voire plus faibles, plusieurs partenaires européens manifestent de meilleurs résultats en espérance de vie sans incapacité à 65 ans comme en taux de  décès prématurés évitables par prévention primaire avant 65 ans. Face à ce paradoxe, les réformes institutionnelles mises en œuvre ces dernières années, ont eu pour objectif de déplacer le curseur de la médecine curative vers la médecine préventive. Dans un contexte de déficit public, les incitations visent à favoriser le développement d’un marché de la prévention lié au marché de l’assurance complémentaire santé. Avec l’Accord National Interprofessionnel (ANI) mis en place depuis 2016, les entreprises du secteur privé ont obligation de proposer leurs salariés des complémentaires santé. Par cet accord, les contrats d’assurance collectifs, et par contamination les contrats individuels, sont accompagnés d’une offre souvent incluse et gratuite, de programmes de prévention assurant un accompagnement  personnalisé des assurés dans leur hygiène de vie et leur santé. On étudie dans cet article les conséquences du point de vue de l’assuré de l’adhésion à de tels programmes de prévention. Il s’agit notamment d’analyser l’impact de cette offre gratuite de prévention, sur l’arbitrage entre effort de prévention et couverture assurantielle. Nos résultats montrent que la gestion du risque d’aléa moral est dans ce contexte fortement affectée par rapport aux prédictions des modèles d’assurance s’inscrivant dans la lignée de l’article précurseur d’Erhlich et Becker (1972).

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