Catégorie : Travaux de recherche

*Recherche* Etude CoSMaS

Mieux vivre au quotidien avec une maladie chronique : une question de coopération?

Alexandra DIMA, laboratoire HESPER et membre de la chaire Prevent'Horizon
& Maha GANEM, ingénieure de recherche au laboratoire HESPER

 

La prévention ne concerne pas que les personnes en bonne santé. Pour ceux et celles qui vivent avec une ou plusieurs maladies chroniques, préserver leur santé est d’autant plus important, et complexe à organiser. Accompagner les personnes atteintes d’une pathologie chronique au quotidien est un défi pour un système de soins où le travail interprofessionnel, pourtant essentiel ici, n’est pas encore une réalité. Dès lors se pose la question de comment mieux travailler ensemble ? Des chercheures en psychologie de la santé, Alexandra Dima et Maha Ganem, du laboratoire HESPER mènent une étude qualitative sur les perspectives des patients et professionnels de santé concernant les soins collaboratifs dans l’auto-gestion des malades chroniques, l’étude CoSMaS.

Pour maintenir une bonne qualité de vie et éviter une détérioration de leur santé, les personnes atteintes d’une pathologie chronique doivent mettre en place un nombre important de nouvelles routines (prise de médicaments, maintenir un suivi médical régulier, surveiller leur état de santé…), et améliorer ou maintenir leurs comportements de prévention (activité physique, hygiène alimentaire, sommeil…) dans des situations de vie parfois difficiles. Elles sont accompagnées dans ces démarches d’une part par des professionnels de santé et autres intervenants (associations, services sociaux…), et d’autre part par leurs proches et entourage. Dans un système de santé construit autour des soins aigus, l’accompagnement au maintien d’une bonne qualité de vie en cas d’atteinte par des pathologies chroniques est encore en structuration. Une démarche coût-efficacité performante nécessite une bonne compréhension de l'état actuel des pratiques et besoins des acteurs du système de soins, ainsi qu’une co-construction des projets d'amélioration qui répondront aux besoins des patients et des soignants. Dans le cadre d’un projet de recherche financé par la Commission Européenne (https://cosmas4health.wordpress.com/), 108 entretiens ont été conduits avec des patients et professionnels de santé entre février 2018 et avril 2019 pour trois pathologies : le cancer du sein, l’asthme et l’AVC. Les plus de 5500 minutes d’entretiens de ce corpus, concernant l’accompagnement des patients afin qu’ils puissent vivre au mieux et le plus longtemps possible avec leur pathologie, est en ce moment en cours d’analyse.

Parmi les constats préliminaires, nous pouvons citer un consensus entre les patients et professionnels de santé concernant l’inadéquation de l’organisation actuelle des services de soins à l’accompagnement des personnes malades chroniques. L’une des limites identifiées et la plus importante est la transition entre les soins hospitaliers et les soins primaires. En effet, la fin des soins aigus est marquée par un manque de services d’orientation, qui induit des délais dans la prise en soins, entrainant des coûts plus importants par la suite, pour les patients et pour le système de soins. Les patients ont des difficultés à trouver les services dont ils ont besoin sur leur territoire. Les professionnels de santé de soins primaires, quant à eux, connaissent bien les besoins d’accompagnement de leurs patients mais manquent d’outils de coordination efficaces et de formations dans l’accompagnement à l’auto-soin. Enfin, la e-santé à une place centrale parmi les solutions proposées que l’étude CoSMaS explorera dans un second temps.

 

 

 

Maha GANEM, est ingénieure de recherche au laboratoire HESPER.

Elle a rejoint le laboratoire pour travailler avec Alexandra Dima à l’étude CoSMaS, un projet de recherche sur la prise en charge à long terme et l’accompagnement des personnes atteintes d’une pathologie chronique.

Avant de rejoindre le laboratoire, Maha était une journaliste géopolitique spécialisée en affaires publiques européennes et relations entre l’Union européenne et l’Afrique.

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*Recherche* Adhésion aux traitements préventifs dans l’ostéoporose et en post-AVC

Marie Viprey, Post doctorante du laboratoire HESPER

La non-adhésion aux médicaments est endémique dans le monde entier et entraine une diminution du rapport coût-efficacité des traitements en soins chroniques. Dans les systèmes de santé où les traitements sont de plus en plus efficaces et coûteux et où le nombre de patients chroniques augmente, il devient urgent de mieux comprendre la dynamique de l'adhésion thérapeutique, ses déterminants et de mettre en place des interventions efficaces. L'adhésion thérapeutique des patients est un comportement de santé complexe, dont les déterminants sont encore peu connus. Si certains déterminants liés au patient et au traitement (nombre de médicaments, …) ont été identifiés dans la littérature, les déterminants liés au parcours de soins, au système de santé ou aux représentations des patients sur leur maladie et leur traitement restent à explorer. Il apparait également que les comportements de non adhésion des patients peuvent différer d’une pathologie à une autre : la non initiation (le patient ne démarre pas le traitement qui lui est prescrit), la non persistance (le patient arrête le traitement avant la fin de la prescription), ou la prise non conforme à la prescription en terme de posologie, sont autant de comportements différents à identifier afin d’imaginer des interventions efficaces pour améliorer l’adhésion thérapeutique.

Marie Viprey est impliquée dans plusieurs projets sur l'adhésion thérapeutique, dont l’étude GENEROS (étude comparative de l’adhésion thérapeutique des patients ostéoporotiques initiant un traitement par médicament princeps versus générique de bisphosphonate oral) en cours de publication, l'étude OBSTACLE (identification des déterminants de l'adhésion thérapeutique des patients après un accident vasculaire cérébral) en cours d’analyse, et l'étude MUCOBS (identification des déterminants de l'adhésion thérapeutique des patients atteints de mucoviscidose) en cours de publication, qui a permis la construction dans un deuxième temps de l'étude MUCOBS-TRIAL (co-construction et évaluation de l'efficacité d'une intervention visant à améliorer l'adhésion thérapeutique des patients atteints de mucoviscidose) qui va bientôt démarrer. Ces études ont comme point commun l’utilisation des données de dispensation de l’Assurance Maladie pour le calcul de l’adhésion thérapeutique.

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*Recherche* Quels dépistages réaliser selon l’âge et le sexe : un inventaire des recommandations de la Haute Autorité de Santé

Laurent Letrilliart1 & Karfala Maiga2

1 Professeur de médecine générale et chercheur au laboratoire HESPER, Université de Lyon 1.

2 Master 2 Actions de Santé Publique, Université de Lyon 1.

 

Le dépistage est une pratique de prévention secondaire qui consiste à détecter de façon précoce des maladies ou des facteurs de risque de maladies, dans l’objectif d’améliorer leur pronostic. Le dépistage s’adresse à des personnes asymptomatiques, en bonne santé apparente. Un examen de dépistage positif doit souvent être confirmé par un examen de confirmation pour conduire à un diagnostic. Il existe des dépistages organisés (ou « systématiques ») réalisés dans le cadre de programmes de santé publique et des dépistages opportunistes (ou « individualisés) réalisés dans le cadre d’une consultation médicale non spécifique.

Nous avons conduit une revue des recommandations de pratique clinique concernant les dépistages recommandés par la Haute Autorité de Santé (HAS) à partir d’une recherche sur le site web de l’agence. En dehors des dépistages obligatoires de l’enfant et des dépistages recommandés en consultation préconceptionnelle et chez la femme enceinte, nous avons identifié un total de 18 dépistages recommandés, qui ciblent principalement des cancers, des problèmes cardiométaboliques et des maladies infectieuses. Trois d’entre eux sont des dépistages organisés (cancers du sein, colorectal, et du col de l’utérus [en cours de généralisation]) et 15 des dépistages opportunistes. La majorité de ces dépistages (15) intéresse les hommes et les femmes. Douze recommandations sont de grade A (preuve scientifique établie) et une de grade C (faible niveau de preuve scientifique), une est basée sur un avis d’expert et quatre ont un grade non précisé.

Cet inventaire constitue la première étape d’un programme de recherche  intitulé « monpointdepistage », qui vise à développer un outil numérique permettant d’améliorer la participation des personnes concernées aux dépistages recommandés. Cet outil proposera un contenu validé basé sur les recommandations de la HAS et adapté au profil de risques de l’utilisateur ainsi qu’à son niveau de littératie en santé et de perception des risques. Il sera implémenté et évalué auprès de populations en situation de précarité économique ou de handicap, qui accèdent plus difficilement aux dépistages recommandés. Ce programme rassemble notamment des chercheurs cliniciens et psychologues de la santé du laboratoire HESPER et du laboratoire GRePS.

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*Recherche* Se couvrir contre le risque, entre obfuscation et honnêteté

L’article coécrit par Claire Mouminoux et Jean-Louis Rullière, à venir dans le prochain numéro de l’Actuariel, se propose de revenir sur les conséquences des biais comportementaux dans le processus de choix d’assurance sur un marché où cohabite une multitude d’intermédiaires, chacun comportant ses propres caractéristiques. Les résultats sont tirés à la fois d’une revue de la littérature sur la demande d’assurance, mais également d’une expérimentation effectuée en laboratoire, dans le but de fournir des recommandations aux praticiens de l’assurance.

L’article revient notamment sur le dilemme auquel fait face le consommateur entre, d’une part, explorer le marché par lui-même (via le web) au risque de se perdre dans une quantité trop importante d’information, ou bien déléguer une partie du processus d’achat au risque de tomber sur un intermédiaire qui sert d’abord ses propres intérêts en se souciant peu de ceux du consommateur.

Ainsi la stratégie d’exploration coûteuse du marché se trouve prise entre un effet d’obfuscation (i.e. discernement limité dû à une quantité d’information trop importante) et le risque de subir de la malhonnêteté. Les biais identifiés justifient ainsi la différence de choix des consommateurs, et notamment en quoi la stratégie de recherche d’un contrat d’assurance est révélatrice de caractéristiques comportementales pourtant inobservables. Tandis que certains consommateurs comparent peu ou délèguent la recherche à un intermédiaire (i.e. étant donné un niveau de confiance suffisamment élevé), d’autres préfèrent explorer, conduisant à l’obfuscation et justifiant une importante compétition en prix pour les assureurs, notamment à cause des effets d’ancrage et de focalisation.

En réfutant la croyance populaire qui voudrait que ”Internet est la mort du courtier”, les résultats montrent l’intérêt de la diversification de la distribution en assurance. Afin de lutter contre la sélection contraire, les assureurs ont tout intérêt à, non seulement, offrir un menu de contrats à la M. Rothschild et J.E. Stiglitz en 1976, mais en plus mettre à la disposition du consommateur un menu de canaux de distribution, de manière à mieux le cibler.

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*Recherche* Séjour à l’Université de Columbia

Sarah Bensalem, doctorante de la chaire Prevent'Horizon, a travaillé une semaine à l'Université de Columbia à New York avec Dylan Possamai, Maitre de Conférences.

 

 

 

 

 

 

 

 

De nombreux modèles de prévention en assurance ont été développé depuis le modèle fondateur d’Ehrlich et Becker (1972). La très grande majorité, si ce n’est pas la totalité, ne considère qu’une seule période de temps. Pour pallier à ce manque dans la littérature, nous aimerions étudier l’effet de la temporalité sur les actions de prévention, c’est-à-dire, étudier comment le risque évolue au cours du temps et quelles actions optimales sont à la disposition de l’assuré ?

Dans le but de travailler sur la prise en compte de la temporalité au sein d’un modèle de prévention, Sarah Bensalem, doctorante de la chaire Prevent'Horizon, a effectué un court séjour dans le département Industrial Engineering and Operations Research de l’université Columbia située dans la ville de New York (USA). Plus particulièrement, elle a travaillé avec Dylan Possamaï, Maitre de Conférences qui travaillait auparavant au laboratoire CEREMADE de l’Université Paris-Dauphine.

Son champ d’expertise porte principalement sur l’analyse stochastique, les équations différentielles stochastiques rétrogrades, les mesures de risque, le contrôle stochastique ainsi que les problèmes d’agence. Ceci est en lien direct avec mes travaux de thèse qui portent sur la modélisation de la relation assureur-assuré dans les problèmes de prévention en utilisant ces outils.

Pour tenter d’appréhender le rôle joué par la temporalité dans le cadre préventif, Sarah Bensalem et Dylan Possamai se basent sur les travaux de Saporito (2019) portant sur le contrôle stochastique avec délai. L’introduction de la temporalité au niveau de l’effort préventif ainsi que la prise en compte du délai que cet effet aura sur le risque capture l’effet à long terme d’une action préventive faite par un agent aujourd’hui (par exemple, courir, manger mieux, arrêter de fumer).

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*Recherche* European Health Literacy Conference (EHLC), 2019 Dublin

Adèle Perrin, doctorante de santé publique - épidémiologie, Laboratoire HESPER

 

 

Le 4ème congrès Européen de Littératie en Santé (EHLC) a eu lieu à l’Université de Dublin (UCD Belfield Campus) du 13 au 15 Mars 2019. Des représentants de l’Organisation Mondiale de la Santé et de l’Organisme de Coopération et Développement Economique (OCDE) ainsi que 215 délégués et 33 pays du monde étaient représentés.

L’élément phare qui a été mis en avant, est l’importance d’adopter une approche globale pour faire avancer la question de la littératie en santé (LS) en Europe.

 

Comment faire avancer la recherche, les politiques publiques et les pratiques au regard de la capacité des citoyens à accéder, comprendre, évaluer et appliquer l’information en santé pour améliorer leur santé et leur qualité de vie ont été les éléments abordés. Ainsi l’amélioration de la LS a été évoqué au niveau individuel, sociétal et au niveau du système de santé. La LS individuelle est vue comme une compétence qui aura pour conséquence la motivation et le changement de comportement (promotion de la santé). Au niveau de la LS communautaire (ou sociétal), l’objectif est de développer des outils et d’inciter les cliniciens et d’autres acteurs à s’engager et à considérer ce déterminant comme un facteur clinique (prévention). Enfin, la LS au niveau système de soin nécessite une intégration dans une politique publique pour arriver à surmonter l’ensemble des barrières liées à la LS.

Ainsi, les travaux de recherche d'Adèle porteront sur la mise en place d’une intervention adaptée aux patients à faible niveau de LS visant à améliorer leur compréhension et leur appropriation de l’ordonnance de sortie d’hospitalisation, cibleront la prévention tertiaire. Ils permettront à terme de renforcer l’engagement du patient dans sa pathologie chronique mais aussi d’appuyer les politiques publiques et de sensibiliser les professionnels de santé à la problématique de la LS.

Considérer la littératie en santé comme un déterminant de santé et un facteur clinique, sur lequel on peut agir en terme de prévention des comportements à risque, permettrait d’améliorer l’engagement des patients, la durabilité des actions et de la prise en charge mais également les résultats de santé et les coûts de santé.

 Grande salle plénière et chorale surprise de l’UCD lors de la « cérémonie de clôture »
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*Publication* Biais comportementaux & adhésion aux programmes de prévention

L’influence des biais comportementaux dans l’adhésion des assurés aux programmes de prévention santé : Quelques résultats économétriques

Par Jean-Yves LESUEUR, Professeur à l’Université de Lyon, Chaire Prevent’Horizon

Référence Hal-01986235

 

Résumé : L’Accord National Interprofessionnel (ANI) mis en place depuis 2016 en France, qui impose aux entreprises du secteur privé de proposer une assurance complémentaire santé à leurs salariés s’inscrit dans un contexte de déplacement du curseur de la médecine curative vers la médecine préventive. Les conditions de cet accord, prévoient en effet qu’une partie des cotisations soit investie par les compagnies d’assurance et les mutuelles dans des programmes de prévention assurant un suivi personnalisé des assurés dans leur hygiène de vie et leur santé. L’adhésion des assurés à ces services, souvent gratuits et joints à l’offre de complémentaire santé, est un des facteurs clefs de la réussite de cette politique publique. A partir des résultats d’une enquête menée en 2016 auprès d’un échantillon d’assurés d’un groupe mutualiste, on étudie les déterminants des intentions de participation des assurés interrogés à une telle offre de services. Au-delà des déterminants socio-démographiques régulièrement mis en évidence par les études sur la demande de prévention, nous nous interrogeons plus précisément d’une part sur l’effet des biais comportementaux, et d’autre part sur l’éventuel effet induit du suivi médical sur la participation aux programmes de prévention. Si nos résultats tendent à confirmer la complémentarité entre la médecine curative et la participation aux programmes de prévention, ils renforcent en revanche l’influence très significative des biais comportementaux.

 

Introduction :

Les termes de l’ANI prévoient que le contrat d’assurance complémentaire santé présente un « haut degré de solidarité », couvrant au moins 2% des cotisations collectées par les assureurs, à savoir deux types de prises en charge:

  • Le financement de tout ou partie de la cotisation des salariés lorsque ceux-ci peuvent bénéficier d’une dispense d’adhésion ou lorsque le montant de leur cotisation est supérieure ou égale à 10 % de leurs revenus bruts ;
  • Le financement d’actions de prévention pour les salariés en matière de risques professionnels ou de santé publique, de prestations d’action sociale individuelles, collectives ou encore d’actions collectives pour faire face à la perte d’autonomie.

 

Les produits d’assurance complémentaire santé négociés par les assureurs avec les partenaires sociaux, puis proposés aux salariés des entreprises privées, offrent aujourd’hui ce type de programme de prévention dans le cadre de contrats collectifs comme individuels. Les programmes proposés visent généralement à évaluer la qualité de l’alimentation, du mode de vie et l’état de santé de l’assuré et guident son comportement vers une meilleure hygiène de vie propice à la réduction du risque. Les programmes jouent pour cela sur des motivations extrinsèques (accès à des prestations à prix réduits auprès de partenaires de l’assureur spécialisés dans les domaines du sport et de l’hygiène de vie, coaching, conseils santé gratuits...) ou intrinsèques (liées à l’altruisme, le conformisme, la solidarité…).

Nombreux parmi ces programmes, s’inscrivent dans un contexte de développement de la @assurance, via les objets connectés. Les assurés sont incités à devenir plus autonomes dans l’adhésion à des programmes en lien direct avec leur santé, s’affranchissant du seul lien de dépendance qui les relient avec leur médecin traitant. Sous l’engagement de protection des données par l’assureur, l’objet connecté transmet des informations d’activité (km parcourus, rythme cardiaque, analyses…) à l’assureur qui en échange, propose un suivi personnalisé (dépistage, alerte) favorisant l’adoption d’un mode de vie sain.

L’efficacité de ces programmes, et les effets attendus sur la réduction du risque santé, tiennent d’une part à l’adhésion des assurés aux programmes qui leur sont proposés, et d’autre part à la bonne adéquation du profil santé des adhérents (leur type de risque) avec le programme de  prévention.

Cet article présente les résultats synthétiques d’une étude économétrique dont l’objectif était   double[1]. Il s’agissait d’une part d’identifier les facteurs explicatifs de l’intention des assurés à adhérer à une offre de programme de prévention, et d’autre part de déduire de ces résultats une typologie des profils types d’adhérents potentiels. Nous disposions pour cela d’une enquête très originale, menée en 2016 par l’un des partenaires mutualistes de la Chaire Prevent’Horizon sur plus de 1700 de ses assurés âgés de plus de 40 ans. Le questionnaire de cette enquête a permis de collecter des données particulièrement riches qui couvrent, outre les caractéristiques socio-démographiques, la perception du risque, de l’avenir, le rapport à autrui, l’état de santé et les efforts d’auto-prévention, la vie familiale et sociale, la préparation des vieux jours ainsi que la perception subjective du rôle des mutuelles et l’implication dans la solidarité et l’intégration sociale.

 

1 - La méthode d’inférence statistique retenue : un modèle de choix ordonné :

La base de données nous a permis d’identifier un indicateur d’adhésion à un programme de prévention par l’évaluation qualitative formulée par les assurées lors de l’enquête à la proposition d’une offre de service de prévention. En effet les enquêtés étaient invités à indiquer leur niveau d’intérêt [0 pas du tout intéressé ; 1 plutôt pas intéressé ; 2 plutôt intéressé ; 3 très intéressé] à la proposition suivante: « Demain, votre mutuelle vous garantit la sécurité de toutes vos données et à partir de ces dernières, vous propose des conseils de prévention ».

 

Les intentions formulées par les assurés face à cette proposition, que nous assimilerons à une propension à adhérer à un programme de prévention, sont bien renseignées dans l’enquête (1589 réponses) et manifestent une distribution bien équilibrée entre les quatre modalités. 12 % des assurés se déclarent très intéressés, 40,8% plutôt intéressés, 30,3% plutôt pas intéressés et 16,7 % pas du tout intéressés. Les outils de l’économétrie des variables qualitatives ont été retenus en utilisant un modèle probit ordonné particulièrement adapté à la hiérarchie des préférences exprimés par les assurés sous ces quatre modalités. Notre variable proxy d’adhésion au programme (ADH) est la variable expliquée et les variables explicatives permettent de contrôler :

  • Les caractéristiques socio-démographiques (âge, genre, statut marital, niveau d’éducation, CSP, niveau de revenu) ;
  • Les caractéristiques de risque santé (comportements en matière d’hygiène de vie, pratique de sport, indice de masse corporelle, suivi médical régulier) ;
  • Les biais comportementaux relevant des attitudes en matière de prévoyance, d’impulsivité, de procrastination, de degré d’intégration sociale et de conformisme.

Compte tenu des effets induits de la médecine curative sur la médecine préventive mis en évidence par la littérature (Delattre et Dormont [2000], Carrieri et Bilger [2013], Cabral et Cullen [2017]) le risque de biais d’endogénéité et de simultanéité de la décision de suivi médical régulier a été contrôlé lors des estimations économétriques par une technique d’estimation et d’instrumentation appropriée (cf. Lesueur [2018]).

L’évaluation des comportements à l’égard du risque et de l’impatience a été réalisée à partir de la constitution d’échelles ou en en soumettant les enquêtés à des choix de loteries. Des déclarations subjectives de leur perception de l’aversion au risque et de leur degré d’impulsivité (31,6 % des enquêtés manifestent une certaine impulsivité dans leurs décisions) ou de procrastination complètent ces informations.  Sur cette dernière caractéristique, 8,6% des enquêtés déclarent attendre le dernier moment pour réaliser une obligation pénible et 41,2% témoignent manifester un peu de retard dans l’exécution d’une telle tâche. Sur des critères de mesure plus indirects concernant l’arbitrage inter-temporel et la prévoyance, plus de 55% des enquêtés disposent d’un contrat assurance vie et près de 43% détiennent un plan d’épargne logement.

 

2- Les facteurs explicatifs de l’adhésion aux programmes : le rôle des comportements :

Nos résultats économétriques semblent confirmer un plus faible intérêt des femmes et des assurés de plus de 66 ans à l’offre de services de prévention, et un effet plutôt positif de la vie en couple sur la propension à adhérer aux programmes de prévention.

Concernant l’effet de l’éducation, la littérature et les travaux économétriques menés sur la prévention santé, s’accordent à montrer que via la diffusion des connaissances générales, le développement des capacités cognitives, l’éducation,  engendrent une meilleure connaissance des problèmes de santé et des modes d’accès aux soins (littératie), soit un effet direct positif du capital humain sur la demande de prévention. L’un des premiers résultats inattendu de notre étude à ce niveau est de montrer que par référence aux assurés dotés d’un niveau de diplôme inférieur au baccalauréat, une plus forte dotation en capital humain, réduit l’intérêt manifesté aux conseils de prévention proposés par la mutuelle. Cet effet qui reste très singulier au regard de toutes les études appliquées, reste robuste lorsque l’on contrôle l’effet d’appartenance aux catégories socio-professionnelles comme les classes de revenus. Au-delà de l’explication qui pourrait être liée à un effet de coût d’opportunité croissant avec le niveau de formation, la persistance de cet effet négatif de l’éducation pourrait trouver une explication complémentaire par l’existence d’un biais d’optimisme à l’égard du risque santé qui toucherait particulièrement les plus éduqués (Etilé et Milcent [2006], Devaux, Jusot, Sermet et Tubeuf [2008]). Mieux informés du risque, ils pourraient en sous-évaluer leur probabilité et de fait réduire leur intérêt pour l’offre de conseils en prévention proposée dans le programme.

L’indice de masse corporelle exerce un effet positif et significatif sur la perception favorable d’une offre de service de prévention par la mutuelle. Une augmentation d’un point de cet indicateur augmente de 8,4 points de pourcentage la probabilité d’un assuré de se déclarer très intéressé à l’offre de service de prévention. L’effet positif des visites régulières chez le médecin traitant sur la probabilité d’adhésion à un programme de prévention ne réfute pas l’existence d’un effet induit de la médecine curative sur la médecine préventive déjà mis en évidence par la littérature.

 

Les assurés qui ont déclaré surveiller leur poids ou accepter des sacrifices en matière de plaisirs de la vie (être prêt à éviter de manger gras, de fumer, ou de mener une vie mouvementée) pour améliorer leur hygiène de vie, sont aussi ceux qui déclarent, toutes choses égales par ailleurs, un plus fort intérêt à adhérer à un programme de prévention. La prise de risque dans les activités sportives influence également favorablement cette probabilité, ce qui peut témoigner d’une forte propension à la prévention de la part de ceux qui pratiquent une activité sportive pour laquelle la condition physique conditionne aussi bien la maîtrise du risque encouru que la performance recherchée. En revanche l’absence de sédentarité (pratique d’activités physiques modérées ou d’un sport) semble plutôt inciter ces répondants de l’enquête à réduire leur intention d’adhérer à un programme de prévention.

 

Les variables contrôlant l’arbitrage entre le présent et le futur et leur attitude prévoyante déclarée, sont également toutes statistiquement significatives et agissent favorablement sur la probabilité d’un fort intérêt à l’offre de services de prévention. Les assurés titulaires d’une épargne vie et/ou d’une épargne logement sont ainsi plus enclins à être attirés par la prévention. La procrastination[2] manifeste l’effet négatif attendu sur la probabilité d’adhésion à un programme de prévention dont le coût de participation est immédiat mais les bénéfices attendus décalés dans le temps. L’impulsivité[3] tend en revanche à augmenter l’intérêt manifesté face à l’offre de prévention, ce qui rend ce biais comportemental plutôt favorable dans le contexte étudié.

 

Enfin les variables contrôlant le degré d’intégration sociale (lien social) ou l’adhésion aux principes de solidarité et de conformisme à l’esprit mutualiste, agissent dans le sens attendu sur la probabilité d’adhésion à un programme de prévention. Ainsi les 24% d’assurés qui lors de l’enquête ont systématiquement déclaré ne pas souhaiter participer aux différentes actions de solidarité proposées dans la question portant sur les valeurs mutualistes, témoignent aussi d’une plus faible probabilité d’adhésion.

 

3 - L’établissement de profils-types d’adhérents potentiels : L’effet d’auto-sélection des programmes

Pour établir plusieurs profils-types d’adhérents potentiels aux programmes de prévention, nous avons eu recours à une analyse contingente. Il s’agit de comparer les probabilités estimées de se déclarer très intéressé à l’adhésion, lorsque l’on modifie la valeur d’une ou plusieurs variables explicatives binaires d’intérêt. Cette méthode, dont les résultats doivent bien entendu être jugés toutes choses égales par ailleurs, est susceptible d’apporter une lecture plus instructive de nos résultats. Pour cela nous avons souhaité focaliser notre attention sur l’influence des variables contrôlant les comportements d’hygiène de vie d’une part et d’arbitrage entre le présent et le futur d’autre part. Compte tenu du nombre important de scénarios possibles, nous avons centré l’éclairage sur quatre « profils typiques » d’assurés allant des plus vertueux dans leurs comportements, aux moins vertueux. Nos résultats consignés dans le tableau 1 ont été discriminés par classes d’âge pour mesurer l’influence marginale de cette variable sur la probabilité d’adhésion à un programme de prévention dans les différents contextes ainsi créés.

 

Globalement cumuler un bon profil d’hygiène de vie et un comportement rationnel dans l’arbitrage entre le présent et le futur (profil 1+2) permet d’atteindre, quelle que soit la classe d’âge, une probabilité d’adhésion à un programme de prévention plus élevé (21,1% pour les 40 à 50 ans) que celui des individus (profit 3+4)  cumulant les caractéristiques les plus défavorables (16,3% pour les 40 à 50 ans). Le programme de prévention attire en priorité les individus qui pondèrent favorablement les avantages attendus du programme dans le futur et ceux qui ont déjà investi dans l’auto-prévention dans leurs comportements quotidiens. Mais cette opposition couvre en fait des contributions très contrastées entre les deux catégories de variables. En effet, les individus de l’échantillon qui manifestent une très mauvaise hygiène de vie et la pratique d’un sport risqué (profil 3), font apparaître un intérêt bien plus élevé pour le programme de prévention que ceux du groupe témoignant d’une très bonne hygiène de vie (profil 1). La probabilité d’être très intéressé est par exemple de 26,4% contre 15,4% pour les 40 à 50 ans.. Conscients de leur mauvaise hygiène de vie, ils révèlent une plus forte propension à adhérer à des conseils de prévention proposés par leur mutuelle. En revanche, le sous-groupe des individus qui font preuve d’une plus grande rationalité dans la gestion de leur impatience (profil 2), est plus attiré que celui des impulsifs, procrastinateurs et non prévoyant du profil 4. L’auto-sélection qui anime la décision d’adhésion au programme est donc « avantageuse » puisqu’elle attire les agents à hauts risques et ceux qui manifestent une certaine cohérence temporelle dans leur choix.

 

Tableau 1 : Probabilités d’être « très intéressé » par un programme de prévention par profils types.

En conclusion : Des incitations douces pour un meilleur design "type d’assuré /programme".

Face au développement des programmes de prévention issus de la mise en place de l’ANI en 2016, on s’est attaché à identifier les facteurs qui gouvernent la probabilité d’adhésion des assurés à ce type de service. Les travaux théoriques et appliqués portant sur la demande de prévention, nous ont permis d’identifier les principaux facteurs explicatifs qui pourraient agir sur l’intérêt manifesté par les assurés à l’offre d’un programme de prévention. Au-delà des facteurs socio démographiques, le calcul économique qui sous- tend les décisions en matière de prévention fait apparaître des conditions d’arbitrage prenant en compte la perception subjective de la temporalité et du risque. La prise en compte des comportements en matière d’hygiène de vie et le contrôle des éventuels biais comportementaux mis en évidence par l’économie des comportements (inertie, procrastination, biais d’ancrage, effet de norme…), constituent de ce fait des déterminants complémentaires à l’intention d’adhésion aux programmes de prévention des assurés enquêtés en 2016 par leur mutuelle.

Ces résultats confirment l’influence que pourraient exercer les messages informatifs qui accompagnent l’offre de prévention sur l’architecture des choix des assurés (Thaler et Sunstein [2008]), afin de mieux apparier leur profil santé avec leur participation aux programmes de prévention.

 

Bibliographie:

Cabral M. et M.R. Cullen (2017), The effect of insurance coverage on preventive care, Economic Inquiry, 55(3), pp. 1452-1467.

Carrieri V. et M. Bilger (2013), Preventive care: underused even when free: Is there something else at work ?, Applied economics, vol. 45, pp. 239-253.

Delattre E. et B. Dormont (2000), Induction de la demande de soins par les médecins libéraux français. Etude micro-économétrique sur données de panel, Economie & Prévision, 142(1), pp. 137-161.

Devaux M., Jusot F., Sermet C. et S. Tubeuf (2008), Hétérogénéité sociale de déclaration de l’état de santé et mesure des inégalités de santé, Revue française des affaires sociales, 1, pp. 29-47.

Etilé F. et C. Milcent (2006), Income-related reporting heterogeneity in self-assessed health: evidence from France, Health economics, 15, pp.956-981.

Lesueur, J.Y. (2018), L’adhésion des assurés aux programmes de prévention santé : Quels facteurs explicatifs ? Document de travail, Chaire Prevent’Horizon.

Thaler R. et C. Sunstein (2008), Nudge: Improving decisions about health, wealth and happiness, Yale University Press (New Haven), 293 pages.

 

[1] Pour une présentation plus exhaustive nous renverrons utilement à J.Y Lesueur (2018),  L’adhésion des assurés aux programmes de prévention santé : Quels facteurs explicatifs ?, Document de travail hal-01986235.

[2] Le degré de procrastination a été évalué par les réponses à une question de l’enquête demandant aux individus de choisir entre trois options face à une obligation pénible à remplir : La faire tout de suite pour s’en débarrasser (réponse codée 0), attendre un peu (réponse codée 1) ou attendre le dernier moment quitte à devoir y passer plus de temps (réponse codée 2).

[3] La question permettant de mesurer le degré d’impulsivité portait sur les comportements d’achats en matière de vêtement, de livre de disque etc…La réponse portait sur deux modalités : Attendre et réfléchir pour bien évaluer le besoin (codée 0), suivre son impulsion et acheter immédiatement (codée 1).

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*Les docs des Doctos* HeSPeR

Alice LE BONNIEC, Post Doctorante du Laboratoire HESPER

Projet Mon point dépistage

Le dépistage est une pratique de prévention secondaire qui consiste à détecter de façon précoce des maladies ou des facteurs de risque de maladies dans l’objectif d’améliorer leur pronostic. En France, plusieurs dépistages sont recommandés pour la population générale ou pour des populations spécifiques. Il existe en particulier des programmes nationaux de dépistages organisés pour certains cancers (par exemple, le dépistage du cancer du sein), ainsi que des centres de dépistage pour certaines pathologies infectieuses (par exemple, le dépistage du VIH). Cependant, la participation aux dépistages organisés du cancer n’est pas optimale et les dépistages individuels recommandés pour les pathologies non cancéreuses ne sont pas bien connus de la population. De plus, il existe de fortes inégalités sociales de santé concernant l’accès aux dépistages recommandés, notamment parmi les individus qui spontanément consultent peu les professionnels de santé.

Des chercheurs du laboratoire HESPER s’intéressent actuellement aux freins et facilitateurs rencontrés par les populations en situation de précarité à la participation aux dépistages recommandés. Les développements numériques récents présentent une opportunité d’aide à la prise de décision concernant les comportements de santé, et peuvent être appliqués au dépistage. Ainsi, le projet monpointdépistage.com vise, dans un premier temps, à identifier les principaux déterminants de la participation aux dépistages recommandés en réalisant une enquête qualitative auprès des publics cibles, en se basant sur un cadre théorique en psychologie de la santé. Puis, dans un second temps, les résultats seront utilisées afin de développer un outil numérique permettant d’améliorer la participation de la population cible aux dépistages organisés et individuels recommandés, en proposant un contenu validé et adapté au profil socio-démographique et psychologique de l’utilisateur (par exemple : à son âge, à son niveau de littératie en santé, à ses attitudes envers le dépistage, etc.). L’outil sera présenté sous la forme de bornes numériques, placées dans des endroits stratégiques et aisément utilisables par tous. Ce concept a été présenté lors du Hackaton Santé de Lyon en novembre 2016 et a remporté le prix « Projet émergent ». Lors de cet événement, une maquette d’un outil répondant à cet objectif a été conceptualisée et présentée.

 

Adèle PERRINDoctorante du Laboratoire HESPER

Adèle Perrin a commencé son doctorat sur la question de la littératie en santé (LS) et de ses liens avec l’état de santé. Le concept de LS, qui s’inscrit dans le champ de la promotion de la santé et de la prévention, est défini par l’OMS comme « la capacité de trouver, de comprendre, d’évaluer et de communiquer l’information de manière à promouvoir, à maintenir et à améliorer sa santé dans divers milieux au cours de la vie ». Adèle travaille au sein du laboratoire HeSPeR sous la direction de Julie Haesebaert et Anne Marie Schott sur un projet interventionnel (ILIADE). Ses travaux porteront sur le développement et l’évaluation d’une intervention éducative accessible aux patients à faible niveau de littératie en santé ayant notamment pour objectif d’améliorer la compréhension et l’appropriation de l’ordonnance de sortie d’hospitalisation. Ce projet fait partie d'un programme plus vaste visant à renforcer l'empowerment et les capacités d’autogestion des patients atteints de maladie chronique. Le concept d’universalisme proportionné est au cœur de ce projet qui s’inscrit dans le domaine de la prévention secondaire des erreurs et mésusages médicamenteux, en particulier chez les patients.

 

Luiza PRADO, Doctorante du Laboratoire HESPER

Luiza Prado a commencé son doctorat récemment dans l'équipe HESPER sous la supervision d’Alexandra Dima, en collaboration avec Anne-Marie Schott (HESPER), et Dan Dediu (IDEX Fellow Université Lyon 2) pour développer des méthodes de mesure du concept de 'parcours de soins' à partir des grandes bases de données médico-administratives, et créer des outils de visualisation des parcours dans les maladies chroniques. La notion de « parcours de soins » est très présente et très utilisée par les différents acteurs du système de santé, souvent présentée comme une solution prometteuse pour la prévention tertiaire, une meilleure efficacité et sécurité des soins, et une réduction des coûts des services de santé. Cependant, ce terme est utilisé dans des contextes différents et parfois contradictoires. La question reste ouverte sur comment caractériser, modéliser et évaluer les parcours de soins dans des situations concrètes pour aider les patients et professionnels de santé à améliorer la coordination des soins. L'objectif de ce travail est d’élaborer une méthodologie d'extraction et visualisation de l'information disponible sur les parcours de soins pour la prise de décision partagée et mettre en place des actions pour prévenir les aggravations et réduire les risques.

 

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*Recherche* Le boom des applis santé pourrait-il booster la prévention ?

Dans le cadre de la chaire Prevent Horizon, des chercheurs du laboratoire HESPER ont mené une revue systématique des applis disponibles sur Google Play store en France dédiées à l’auto-gestion des maladies chroniques dans les 4 groupes de maladies les plus fréquentes et les plus fatales au monde, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : les maladies cardiovasculaires, le cancer, les maladies respiratoires et le diabète.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cas spécifique des maladies chroniques comme celles-ci, le traitement est surtout basé sur des mesures prises par le propre patient dans son quotidien, comme la prise des médicaments à la bonne heure et en accord avec la prescription du médecin, garder une diète appropriée, avoir une activité physique régulière, bien dormir, etc., pour maintenir ou améliorer la qualité de vie et éviter l’aggravement de la maladie. Dans ce contexte, et comme les personnes ont tendance à garder leurs téléphones portables avec eux tout le temps, les applis de santé ont le potentiel d’aider dans cette routine, parfois compliquée, principalement comme support à l’adoption de ces “bons comportements”, mais ces outils peuvent aussi servir comme support à l’éducation thérapeutique et même à la communication entre patient et professionnels de santé.

 

Pour cette étude, les applis ont été téléchargées et analysées en regard de l’existence des techniques d’incitation au changement de comportement (Behaviour Change Techniques, ou BCT, en anglais), et aussi la compréhensibilité de leur contenu et les actions suggérées à l’usager dans le cadre de leur condition médicale ont été évaluées avec un outil d’évaluation des matériaux d’éducation thérapeutique appelé Patient Education Material Assessment Tool (PEMAT), en anglais. L’étude est en train d’être finie et devra être soumise pour publication prochainement, mais ses constatations les plus importantes peuvent être avancées : ces applis en France et en français ne sont pas assez nombreuses et leur contenu, en général, ne peut pas être considéré comme compréhensible pour tous, et la majorité des applis évaluées n’avait aucune action de prévue. Le contenu des BCT était principalement composé, et plutôt restreint à, des comportements d’auto-monitoring, comme des journaux de glycémie ou de tension artérielle. Comme le montrent d’autres études faites à l’international, la majorité des applis de santé ne s’appuie pas sur des preuves scientifiques… La tendance de connectivité et d’utilisation de la m-santé ne fait qu’augmenter, mais il faut que son développement suive de bonnes pratiques basées sur des preuves, pour la validité du contenu médical d’une part, et d’autre part, également important, pour que le rôle de soutenir des actions bénéfiques pour la santé des usagers au quotidien soit efficace.

 

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*Recherche* Nouvelle méthode de ciblage

Une nouvelle méthode de classification permettant de cibler des actions de prévention
Par Romain Gauchon

Romain Gauchon, actuellement doctorant CIFRE dans un partenariat entre ACTUARIS et SAF ISFA, vient de soutenir son mémoire d’actuaire sur une des problématiques centrales de la chaire Prevent’Horizon : « Une nouvelle méthode de classification permettant de cibler des actions de prévention».
Le jury a été unanime pour reconnaître ses talents de chercheur en actuariat et a été impressionné par l’innovation qu’il a développé pour améliorer les techniques de ciblage des patients / assurés.

Travail co-encadré par Stéphane LOISEL et Jean-Louis RULLIERE pour l’ISFA et Alexandra BARRAL, Céline BLATTNER et Cécile PARADIS pour Actuaris.

Date de soutenance : 14 mai 2018

Pour qu’une action de prévention soit efficace, il est important de cibler des personnes et d’identifier leurs besoins, afin de proposer des programmes de prévention adaptés. Dans le secteur de l’assurance santé, cela pose un problème majeur : la législation restreint le nombre de données disponibles. Les organismes assureurs n’ont accès qu’à quelques variables permettant de caractériser un assuré (sexe, âge, localisation…), ainsi qu’aux remboursements qui lui ont été effectués.

De plus, les statistiques descriptives classiques sur ces données ne sont généralement pas suffisantes pour identifier les besoins de prévention, en particulier dans le cadre de la prévention tertiaire. Enfin, les approches de data science sont souvent supervisées, ce qui supposerait de connaitre l’état de santé de nos assurés.
Ce cadre restrictif a conduit à développer une méthode de classification innovante pour répondre aux contraintes pratiques liées à la prévention dans le domaine de l’assurance santé : elle devait être non supervisée, complémentaire aux statistiques descriptives usuelles et entièrement interprétable, ceci afin de pouvoir cibler des groupes d’assurés et proposer des actions de prévention tertiaire adaptées à leur besoin ou affiner le ciblage d’actions de prévention primaire.
La méthode développée dans ce mémoire se déroule en trois temps. Tout d’abord, il est nécessaire de retraiter les données relatives aux prestations santé versées par l’organisme assureur afin d’obtenir une matrice où chaque ligne représente la consommation d’un assuré, en comptant les fréquences de consommation de chaque acte santé.
La seconde étape consiste à réduire la dimension de la matrice précédente, afin de faciliter les interprétations et d’améliorer la qualité de la classification. Les algorithmes NMF (Non negative Matrix Factorisation) remplissent bien ce rôle.
Enfin, les assurés sont classifiés à l’aide d’une carte de Kohonen. Une cartographie de l’ensemble de nos assurés constituée de quinze à vingt groupes de risque homogènes est réalisée. Cette méthode offre une visualisation naturelle de notre portefeuille. En ce sens, elle est complémentaire aux statistiques descriptives classiques puisqu’elle décrit graphiquement les groupes de risques sous-jacents. Les classes obtenues sont facilement interprétables et peuvent permettre par exemple d’identifier les personnes âgées les plus sujettes au risque de chutes et de leur proposer des actions de prévention adaptées.
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