Des résultats économétriques qui confirment l’efficacité des mesures barrières

L’arbitrage entre « laisser faire » et « contrôler » conduit les autorités publiques à faire un choix entre liberté et sécurité, et de fait entre les coûts humains du laisser- faire et les coûts économiques des mesures barrières. Les effets économiques attendus des mesures barrières concernent à la fois les chocs d’offre (chute de la production), de demande (baisse de la consommation et de l’investissement) et financiers (via les anticipations et les comportements d’épargne).

Dans une publication récente du NBER (National Bureau of Economic Research), Lin et Meissner (2020) se sont intéressés à cet arbitrage. Ils étudient l’impact de la mise en place des mesures barrières non thérapeutiques dans les pays (confinement et distanciation sociale), d’une part sur la propagation du covid-19, et d’autre part sur l’évolution du nombre de chômeurs. Ils mobilisent dans leur étude les données enregistrées par le CSSE (Center for Systems Science and Engineering) de l’université John Hopkins sur les cas confirmés et les décès du Covid-19 publiés chaque jour dans le New-York Times et collectées, au niveau fédéral et pour les 50 Etats américains, et pour 73 pays, de janvier 2020 à avril 2020. Leurs résultats démontrent un effet statistiquement significatif et négatif des mesures de confinement et de distanciation sociale sur le taux de croissance journalier des cas de Covid-19 confirmés, aussi bien aux Etats-Unis que pour l’échantillon des 73 pays contenus dans leur analyse. Concernant les résultats obtenus pour les seuls Etats américains, au-delà de l’effet négatif de la mesure spécifique à chaque Etat, la mise en place des mesures de confinement dans les Etats spatialement proches a également eu un effet d’autant plus négatif sur la progression du virus, que les Etats voisins ont adopté les mesures barrières beaucoup plus tôt. Un effet de diffusion spatiale sur les comportements de prévention (réflexe de distanciation sociale) des individus localisés dans les Etats voisins non encore confinés, n’est pas rejeté par les auteurs pour expliquer ce résultat.

Sur le plan des effets économiques, globalement, les mesures barrières semblent n’avoir eu aucun effet discriminant sur l’entrée au chômage dans les Etats américains concernés. Les auteurs montrent que le nombre d’entrants au chômage a suivi une croissance similaire dans ces Etats par rapport à ceux dans lesquels les mesures de confinement n’ont pas été adoptées. La structuration de l’activité économique a toutefois eu un effet plus discriminant à ce niveau. En effet, les Etats dont les activités qui ne peuvent pas être substituées par le recours au télétravail (restauration, commerce de détail, services à domicile, loisirs…) sont fortement représentées dans la structure des emplois, manifestent une plus forte sensibilité à ces mesures barrières.

A partir des données sur la progression du Covid-19 collectées par l’Agence Nationale de Santé Publique lors du premier mois de confinement (du 19 Mars au 19 avril 2020), Roux, Massonnaud et Crépey (2020) viennent d’effectuer une étude économétrique pour simuler les conséquences qu’aurait pu avoir l’épidémie dans les 13 régions française en l’absence de confinement. Les résultats de cette étude sont particulièrement édifiants puisque les résultats de ces auteurs, obtenus à partir des paramètres épidémiologiques largement retenus par la littérature, montrent que sans confinement, c’est 23% de la population française qui aurait été touchée par l’épidémie, 60 739 décès supplémentaires en hôpital et un flux d’admission en unités de soins intensifs pour détresse respiratoire de 104 550 personnes….Rappelons que la capacité d’accueil en lits de réanimation est péniblement passée de 5000 à 7000 lits pendant cette crise sanitaire en France ! Le confinement a donc réduit de près de 83,5% le nombre de décès dans ce premier mois, soit près de 61 000 vies épargnées.

Sur la base d’une durée de confinement de huit semaines, le projet de loi de finances rectificatives de 2020 évalue la chute de croissance du PIB consécutive au Covid-19 à 8%, soit un manque à gagner de près 188 milliards d’euros. Sachant que la dernière note de conjoncture de l’INSEE table sur un rebond de la croissance française de +6,5% en 2021, au final quel prix donnons-nous aux 61 000 vies épargnées grâce au confinement ?

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