L'essentiel
- Le dépistage organisé s'adresse aux femmes et aux hommes de 50 à 74 ans sans symptôme ni facteur de risque particulier
- Un test immunologique à faire chez soi tous les 2 ans, envoyé par l'Assurance Maladie
- Test et analyse pris en charge à 100 % sans avance de frais
- Résultat négatif (96 % des cas) : renouveler dans 2 ans
- Résultat positif (4 % des cas) : coloscopie pour identifier la cause
Le dépistage organisé du cancer colorectal concerne les femmes et les hommes de 50 à 74 ans. Tous les 2 ans, l'Assurance Maladie envoie une invitation pour réaliser un test immunologique à domicile, pris en charge à 100 %. Voici la démarche complète, étape par étape.
Qui est concerné par le dépistage du cancer colorectal ?
Le programme national de dépistage organisé s'adresse aux personnes âgées de 50 à 74 ans qui ne présentent ni symptôme, ni antécédent personnel ou familial de polype, de cancer ou de maladie touchant le côlon ou le rectum, ni facteur de risque particulier. Cette population représente environ 80 % des cas, qualifiés de « risque moyen » par l'Institut national du cancer.
En France, le cancer colorectal fait partie des cancers les plus fréquents (troisième rang chez l'homme, deuxième chez la femme) et représente la troisième cause de décès par cancer. Près de 95 % des cancers colorectaux sont diagnostiqués après 50 ans. Détecté tôt, il peut être guéri dans 9 cas sur 10.
Le cancer colorectal se développe sur la muqueuse du côlon ou du rectum, le plus souvent à partir de petites lésions appelées polypes. Ces lésions précancéreuses évoluent lentement, parfois pendant des années, avant de se transformer en cancer. C'est cette lente évolution qui rend le dépistage si pertinent : repérer et retirer les polypes avant qu'ils ne deviennent cancéreux, ou détecter un cancer à un stade précoce, augmente considérablement les chances de guérison.
Les personnes à risque élevé (antécédent personnel de cancer colorectal ou d'adénome, parent au premier degré atteint, maladie inflammatoire chronique de l'intestin évoluant depuis plus de 20 ans) bénéficient d'un suivi spécifique par coloscopie, défini par un gastro-entérologue. La fréquence de surveillance est adaptée aux lésions découvertes et au profil de chaque patient. Les personnes à risque potentiellement très élevé (prédisposition génétique identifiée, syndrome de Lynch, polypose adénomateuse familiale) sont orientées vers une consultation d'oncogénétique. Plus de 139 sites de consultation sont répartis dans 94 villes du territoire, y compris dans les départements d'outre-mer.
Pour en savoir plus sur les autres dépistages organisés, consultez la page Dépistages & bilans qui regroupe l'ensemble des programmes nationaux.
Comment recevoir le kit de dépistage ?
Tous les 2 ans, l'Assurance Maladie (CPAM ou MSA) adresse un courrier d'invitation aux personnes éligibles. Ce courrier n'est pas obligatoire pour obtenir le test. Les CPAM relancent les personnes n'ayant pas réalisé le test, une première fois jusqu'à 5 mois après l'invitation et une seconde fois jusqu'à 12 mois après. Dans le cas où une personne aurait participé à l'une des trois dernières campagnes, cette seconde relance est accompagnée d'un test de dépistage.
Trois modes de remise coexistent :
- Chez le pharmacien : sur présentation de l'invitation ou simplement en le demandant
- Chez le médecin (généraliste, gynécologue, gastro-entérologue) ou infirmier(ère) diplômé(e) d'État : à l'occasion d'une consultation
- En ligne sur monkit.depistage-colorectal.fr : uniquement avec l'invitation (connexion via FranceConnect)
Avant toute remise, des questions sur les antécédents personnels et familiaux sont posées pour vérifier l'éligibilité. Si la personne n'est pas concernée par le programme organisé, le professionnel de santé oriente vers la surveillance adaptée. Si vous avez déjà participé au dépistage dans les 6 dernières années mais pas depuis 2 ans, et que vous êtes toujours éligible, vous pouvez recevoir un kit à votre domicile accompagné d'un courrier de relance, environ 10 mois après l'invitation initiale.
| Mode de retrait | Invitation requise | Professionnel qui remet le kit |
|---|---|---|
| Pharmacie | Non (mais utile) | Pharmacien |
| Médecin / Infirmier | Non (mais utile) | Médecin généraliste, gynécologue, gastro-entérologue, infirmier(ère) diplômé(e) d'État |
| Commande en ligne | Oui (obligatoire) | Envoi postal à domicile |
Ce que contient le kit de dépistage
Le test se présente sous la forme d'une enveloppe bleue organisée en trois volets :
- Volet 1 : mode d'emploi illustré
- Volet 2 : fiche d'identification pour la restitution du résultat + dispositif de recueil des selles
- Volet 3 : tube de prélèvement + sachet de protection + enveloppe de retour préaffranchie (lettre T)
Une date d'expiration figure sur le tube. Il faut la vérifier avant utilisation : si elle est dépassée, demander un nouveau kit au pharmacien ou au médecin.
À savoir
Le test immunologique utilisé depuis avril 2015 ne nécessite qu'un seul prélèvement de selles. Il détecte l'hémoglobine humaine par anticorps, ce qui le rend plus spécifique et plus sensible que l'ancien test au gaïac utilisé auparavant. La technique de prélèvement est fiable et ergonomique, elle limite la manipulation des selles. Le test est analysé par lecture automatisée en laboratoire de biologie médicale.
Réaliser le test chez soi : mode d'emploi
Le test se fait à domicile, aux toilettes, en quelques minutes :
- Prélever un échantillon de selles à l'aide du dispositif de recueil (bâtonnet) fourni
- Introduire le bâtonnet dans le tube de prélèvement et le refermer hermétiquement
- Placer le tube dans le sachet de protection
- Remplir la fiche d'identification (date du prélèvement obligatoire)
- Glisser le tout dans l'enveloppe T préaffranchie
Une vidéo du mode d'emploi est disponible sur jefaismondepistage.cancer.fr. Le mode d'emploi détaillé et illustré, remis avec le test, guide pas à pas dans la réalisation.
Renvoyer le test : les règles à respecter
L'enveloppe doit être postée dans les 24 heures qui suivent le prélèvement. Recommandations importantes :
- Poster du dimanche au vendredi (jamais le samedi, ni la veille d'un jour férié)
- En période de forte chaleur, attendre des températures moins élevées pour limiter le risque de dégradation
- La date de réalisation est obligatoire sur la fiche d'identification : sans elle, le test ne pourra pas être analysé
La proportion de tests non analysables non refaits est de 2,8 % (inférieure au référentiel européen de 3 %), selon Santé publique France pour la période 2024-2025.
Délais et modes de réception des résultats
Le laboratoire transmet le résultat :
- Par SMS (lien vers resultat-depistage.fr) : 3 jours ouvrés après l'envoi du test, si un numéro de portable a été communiqué
- Par courrier : 15 jours ouvrés après l'envoi du test
Le résultat est aussi transmis au(x) médecin(s) indiqué(s) sur la fiche d'identification et au Centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC). Le médecin reçoit le résultat avant le patient en cas de positivité, ce qui lui permet d'informer et d'orienter rapidement vers une coloscopie.
Comprendre les résultats : négatif ou positif
Résultat négatif (96 % des cas)
Aucun saignement n'a été détecté dans les selles au moment du test. Aucune démarche n'est à prévoir avant la prochaine invitation, dans 2 ans. Toutefois, si des symptômes apparaissent entre deux tests (douleurs abdominales, troubles du transit inhabituels et persistants, sang dans les selles), une consultation médicale s'impose.
Attention : certains polypes ou cancers peuvent ne pas saigner au moment du test (faux négatifs possibles, estimés à 0,15 % selon l'Institut national du cancer). La régularité du dépistage tous les 2 ans compense cette limite. Un « cancer de l'intervalle » diagnostiqué chez une personne qui participe régulièrement au programme est de meilleur pronostic que chez un patient qui n'y prend pas part.
Résultat positif (4 % des cas)
Du sang a été détecté dans les selles. Cela ne signifie pas que vous avez un cancer. Plusieurs causes sont possibles : hémorroïdes, fissure anale, polypes, maladies inflammatoires, etc.
Le médecin traitant adresse alors vers un gastro-entérologue pour réaliser une coloscopie sous anesthésie (générale ou locorégionale). Cet examen permet de visualiser l'intérieur du côlon et du rectum, de détecter d'éventuels polypes et de les retirer avant qu'ils ne se transforment en cancer. La coloscopie nécessite une anesthésie, avec les aléas inhérents à toute forme d'anesthésie.
Résultats de la coloscopie après test positif :
- Dans plus de la moitié des cas : aucune anomalie
- Dans 30 à 40 % des cas : détection de polypes (retrait possible lors de l'examen)
- Dans 8 % des cas : détection d'un cancer (souvent à un stade précoce, meilleur pronostic)
Exemple concret
Marie, 58 ans, reçoit son invitation au dépistage colorectal. Elle retire le kit chez son pharmacien, réalise le test chez elle un mardi soir et le poste le mercredi matin. Trois jours plus tard, elle reçoit un SMS l'invitant à consulter son résultat en ligne : il est négatif. Elle refera le test dans 2 ans. Son voisin Paul, 62 ans, reçoit un résultat positif. Son médecin l'oriente vers un gastro-entérologue. La coloscopie révèle deux polypes, retirés lors de l'examen. Paul reprendra une surveillance adaptée, plus espacée que le dépistage organisé.
Combien ça coûte ? La prise en charge à 100 %
Le kit de dépistage est remis gratuitement et l'analyse est prise en charge à 100 % par le régime d'assurance maladie (CPAM ou MSA), sans avance de frais.
La consultation chez le médecin traitant pour retirer le kit ou discuter de l'éligibilité est remboursée sur la base du tarif conventionné. Le reste à charge est pris en charge par la complémentaire santé (mutuelle) si la personne en a une.
La coloscopie prescrite après un test positif est également remboursée dans le cadre habituel de l'assurance maladie. Aucune démarche administrative supplémentaire n'est à effectuer pour bénéficier de la prise en charge.
Pour comprendre comment fonctionnent les remboursements santé, l'espace Remboursements détaille le 100 % Santé, le reste à charge et les contrats responsables.
Taux de participation : où en est la France ?
Selon Santé publique France (données 2024-2025 publiées en mars 2026), le taux de participation de la population cible est de 30,7 %, en légère hausse par rapport à 2023-2024 (29,6 %). Il reste inférieur au seuil européen acceptable de 45 %.
La proportion de tests positifs est stable à 3,4 %. La proportion de tests non analysables non refaits est de 2,8 % (inférieure au référentiel européen de 3 %). Ces indicateurs sont calculés sur des périodes de deux années glissantes, reflétant la périodicité biennale des invitations. Santé publique France évalue la performance du programme depuis sa mise en place en 2008-2009, sur la base des données transmises par les Centres régionaux de coordination des dépistages des cancers (CRCDC).
Questions fréquentes
Je n'ai pas reçu d'invitation, puis-je quand même faire le test ?
Oui. Si vous avez entre 50 et 74 ans et ne présentez ni symptôme ni facteur de risque particulier, vous pouvez demander le test à votre médecin, infirmier(ère) ou pharmacien, ou contacter votre caisse d'assurance maladie.
Que faire si j'ai perdu le tube ou s'il est abîmé ?
Demandez un nouveau kit à votre médecin, infirmier(ère) diplômé(e) d'État ou pharmacien.
Le prélèvement ne s'est pas bien passé, puis-je recommencer ?
Oui. Consultez votre médecin, infirmier(ère) ou pharmacien qui vous remettra un nouveau test.
Dois-je arrêter un traitement ou suivre un régime avant le test ?
Non. Le test immunologique ne nécessite aucune restriction alimentaire ni arrêt de traitement.
Mon test est positif : ai-je un cancer ?
Non. Un test positif signifie que du sang a été détecté. Dans plus de la moitié des cas, la coloscopie ne trouve aucune anomalie. Seule la coloscopie permet de confirmer ou d'écarter un cancer.
À partir de quel âge le dépistage s'arrête-t-il ?
Le programme organisé s'arrête à 74 ans. Au-delà, en l'absence de symptôme ou facteur de risque, le bénéfice du dépistage n'est pas établi. Parlez-en à votre médecin pour une décision individuelle.
Sources
- Institut national du cancer - Le dépistage du cancer colorectal en pratique
- Institut national du cancer - Cancer colorectal : pourquoi se faire dépister ?
- Je fais mon dépistage - Faire le test colorectal (étapes, prise en charge, résultats)
- Santé publique France - Programme de dépistage organisé du cancer du côlon-rectum (maj 11/03/2026)
- Institut national du cancer - Dépistage du cancer colorectal : les niveaux de risque
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Clotilde Vasseyre, rédactrice en chef. Journaliste santé, elle traduit les recommandations officielles de prévention en conseils concrets. Chaque chiffre est vérifié à la source.



