L'essentiel
- Les substituts nicotiniques (patchs, gommes, comprimés) sont remboursés par l'Assurance Maladie sur prescription d'un médecin, d'une sage-femme, d'un infirmier, d'un chirurgien-dentiste ou d'un masseur-kinésithérapeute
- Le 39 89, service gratuit (coût d'un appel), propose un accompagnement téléphonique par le même tabacologue du lundi au samedi de 8h à 20h
- Bupropion et varénicline ne sont utilisés qu'en seconde intention, sur ordonnance ; seule la varénicline est remboursée par l'Assurance Maladie
- Pour plus de neuf fumeurs sur dix, la volonté seule ne suffit pas : un accompagnement augmente les chances de réussite
- Le kit Mois sans tabac de Santé publique France regroupe un programme sur 40 jours, une simulation des économies réalisées et des informations sur les professionnels de santé à consulter
Arrêter de fumer passe le plus souvent par deux piliers combinés : un traitement nicotinique de substitution remboursé par l'Assurance Maladie, et un accompagnement humain, que ce soit par un professionnel de santé, par téléphone au 39 89 ou via le site Tabac info service. Voici la démarche pas à pas, ce qui est pris en charge et les pièges qui font échouer une tentative.
Pourquoi l'arrêt du tabac reste la priorité numéro un
Le tabac est responsable de plus de 68 000 décès prématurés en 2023, soit 11 % de la mortalité totale en France. Il reste ainsi la première cause de mortalité évitable dans le pays. Selon Santé publique France, un fumeur régulier sur deux meurt de son tabagisme. Le seul moyen de se protéger de ces risques est l'arrêt du tabac lui-même : aucune cigarette électronique, aucun produit de substitution n'offre la même protection qu'une consommation nulle.
La bonne nouvelle, c'est que la tendance s'inverse durablement. Depuis le lancement du premier Plan national de réduction du tabagisme, le nombre de fumeurs quotidiens âgés de 18 à 75 ans a diminué de 4 millions en dix ans. Cette baisse s'est surtout accentuée entre 2016 et 2019, dans un contexte de fort engagement dans la lutte contre le tabac, avant une période de stabilité pendant la pandémie de Covid-19, puis une nouvelle diminution depuis 2021. Autrement dit, arrêter de fumer aujourd'hui s'inscrit dans une dynamique plus favorable qu'il y a quinze ans, à condition de savoir à qui s'adresser.
Par où commencer : évaluer sa dépendance avant de choisir une méthode
La Haute Autorité de Santé (HAS) rappelle que le dépistage de la consommation de tabac devrait être systématique lors de toute consultation, suivi d'un conseil d'arrêt. Ce premier contact avec un professionnel de santé, qu'il s'agisse du médecin traitant, du pharmacien, d'un chirurgien-dentiste ou d'un infirmier, permet d'évaluer le niveau de dépendance et d'orienter vers la stratégie la plus adaptée.
Selon la HAS, les traitements nicotiniques de substitution (TNS) peuvent être prescrits en première intention. Ils peuvent s'inscrire dans une stratégie d'arrêt complet ou dans une stratégie de réduction de la consommation, si l'arrêt immédiat n'est pas encore envisageable pour la personne concernée. Les autres traitements médicamenteux, bupropion et varénicline, ne doivent être prescrits qu'en seconde intention, lorsque les substituts nicotiniques seuls n'ont pas suffi.
La HAS insiste sur un point souvent sous-estimé : pour plus de neuf fumeurs sur dix, la volonté ne suffit pas et arrêter seul ne fonctionne pas. Un soutien psychologique et médical est présenté comme indispensable, pas comme une option de confort. C'est pourquoi la première étape utile n'est pas de choisir un patch au hasard en pharmacie, mais de prendre rendez-vous, même bref, avec un professionnel de santé capable d'évaluer la dépendance et d'ajuster le dosage.
Les substituts nicotiniques remboursés : patchs, gommes, comprimés
Les substituts nicotiniques fonctionnent sur un principe simple : apporter de la nicotine au corps pour que le fumeur ne ressente pas les signes du manque physique, sans les autres substances toxiques de la fumée de cigarette. Progressivement, le besoin diminue jusqu'à ne plus se manifester. Selon Santé publique France, le traitement dure en moyenne de 3 à 6 mois, et peut être prolongé si nécessaire.
Il existe deux grandes familles de substituts, qui peuvent s'utiliser seules ou se combiner entre elles :
Les substituts à diffusion continue apportent une dose stable de nicotine tout au long de la journée. Il s'agit des patchs (ou timbres), qui s'appliquent sur la peau ; la nicotine traverse la peau pour gagner la circulation sanguine. Les substituts à usage ponctuel (gommes à mâcher, comprimés à sucer ou sublinguaux) permettent d'agir au moment précis où l'envie de fumer se fait sentir, en complément ou à la place du patch.
Les dosages en nicotine varient selon la forme du substitut. Les professionnels de santé sont les mieux placés pour conseiller le dosage adapté au degré de dépendance de chacun, ce qui explique pourquoi une prescription, même non obligatoire pour l'achat en pharmacie, reste recommandée pour optimiser les chances de réussite.
Ce qui est remboursé et comment se faire rembourser
Les substituts nicotiniques sont remboursés par l'Assurance Maladie. La prescription peut être établie par un médecin, un chirurgien-dentiste, une sage-femme, un masseur-kinésithérapeute ou un infirmier : il n'est donc pas nécessaire de passer uniquement par un médecin généraliste pour obtenir une ordonnance ouvrant droit au remboursement.
Plus de 80 spécialités de substituts nicotiniques, dont les patchs, sont remboursées à hauteur de 65 % par l'Assurance Maladie. La part restante, appelée ticket modérateur, peut ensuite être prise en charge par une complémentaire santé selon les garanties du contrat souscrit. Pour les traitements médicamenteux de seconde intention, seule la varénicline est remboursée par l'Assurance Maladie ; le bupropion, lui, ne l'est pas.
| Étape | Démarche | À qui s'adresser |
|---|---|---|
| 1. Évaluer sa dépendance | Échanger sur sa consommation de tabac et son souhait d'arrêter | Médecin traitant, chirurgien-dentiste, sage-femme, infirmier, masseur-kinésithérapeute |
| 2. Obtenir une prescription | Faire établir une ordonnance pour un substitut nicotinique adapté au dosage | Les mêmes professionnels de santé habilités à prescrire des TNS |
| 3. Acheter en pharmacie | Présenter l'ordonnance pour bénéficier du remboursement à 65 % par l'Assurance Maladie | Pharmacien |
| 4. Compléter le remboursement | Faire prendre en charge le ticket modérateur restant selon son contrat | Complémentaire santé |
| 5. Se faire accompagner dans la durée | Bénéficier d'un suivi téléphonique gratuit ou d'une information en ligne | Le 39 89 et le site Tabac info service |
Quand les substituts ne suffisent pas : bupropion et varénicline
Lorsque les substituts nicotiniques n'ont pas permis l'arrêt du tabac, le bupropion LP et la varénicline peuvent être envisagés pour aider à éviter la sensation de manque. Ces traitements ne peuvent être délivrés que sur ordonnance médicale. Ils ne sont pas recommandés chez la femme enceinte ou qui allaite, ni chez le fumeur de moins de 18 ans. Seule la varénicline est remboursée par l'Assurance Maladie, ce qui en fait, dans les faits, l'option privilégiée en seconde intention lorsqu'un traitement médicamenteux est nécessaire.
En complément des traitements médicamenteux, une prise en charge psychologique aide à modifier le comportement lié au tabac : ne plus associer automatiquement la cigarette au café, apprendre à gérer son stress autrement, ou encore ne pas « craquer » en présence d'un autre fumeur. Selon Santé publique France, par rapport à un simple conseil minimal d'arrêt, l'entretien motivationnel augmente la probabilité d'arrêt de la consommation de tabac.
Et la cigarette électronique ?
La HAS indique que la cigarette électronique n'est pas recommandée à ce jour comme outil d'aide à l'arrêt du tabac, car son efficacité et son innocuité n'ont pas été suffisamment évaluées en l'état des connaissances. Elle précise toutefois que son utilisation temporaire par un fumeur qui souhaite arrêter de fumer ne doit pas être déconseillée. Santé publique France rappelle de son côté que l'usage de la cigarette électronique s'est diffusé fortement depuis le début des années 2010, mais que l'on manque encore de recul et de données scientifiques robustes sur ses effets en matière d'aide à l'arrêt, sur son innocuité, et sur un éventuel effet de porte d'entrée vers le tabagisme chez les jeunes. Pour une situation personnelle, mieux vaut en parler avec son médecin traitant ou son pharmacien.
Tabac info service et le 39 89 : l'accompagnement gratuit à distance
Pour celles et ceux qui ne souhaitent pas, ou ne peuvent pas, se rendre régulièrement chez un professionnel de santé, deux ressources gratuites existent. Le 39 89 est un service gratuit, hors coût d'un appel, accessible du lundi au samedi de 8h à 20h. Il propose un accompagnement par le même tabacologue tout au long de l'arrêt du tabac, sous forme de rendez-vous téléphoniques réguliers.
Le site www.tabac-info-service.fr complète ce dispositif avec de l'information sur le tabagisme, ses conséquences, ses traitements, la possibilité de poser une question à un tabacologue, et un annuaire des tabacologues disponibles. Santé publique France rappelle que les outils d'autosupport, c'est-à-dire les outils structurés visant à aider à la tentative d'arrêt ou au maintien de l'abstinence sans contact direct avec un professionnel, augmentent la probabilité d'arrêt en l'absence d'intervention d'un professionnel. Ils ne remplacent toutefois pas un accompagnement personnalisé lorsque la dépendance est forte.
Le kit Mois sans tabac de Santé publique France
Santé publique France propose, dans le cadre de l'opération Mois sans tabac, un kit composé de quatre éléments. Le livret « Programme 40 jours » propose des conseils et des défis quotidiens pour préparer son arrêt pendant 10 jours, puis maintenir cet arrêt pendant 30 jours supplémentaires. La « roue des économies » permet de simuler les économies réalisées lors de l'arrêt du tabac. Le dépliant « Outils » présente les différents outils de Tabac info service et leur intérêt dans le sevrage. Enfin, le dépliant « Professionnels de santé » encourage le recours à ces professionnels dans le cadre du sevrage tabagique et en précise les modalités d'accès.
Ce format, pensé comme une démarche collective et progressive, convient particulièrement aux personnes qui ont besoin d'un cadre structuré plutôt que d'une décision isolée prise un matin. Il peut tout à fait se combiner avec un substitut nicotinique prescrit par un professionnel de santé : les deux approches ne s'excluent pas, elles se renforcent.
Un exemple concret : une démarche en plusieurs étapes
Prenons le cas d'une fumeuse de longue date, qui fume depuis l'adolescence. Lors d'une consultation pour un tout autre motif, son médecin traitant lui pose la question de sa consommation de tabac, comme le recommande la HAS pour tous les patients. Elle exprime son souhait d'arrêter mais craint de ne pas y arriver seule, après plusieurs tentatives infructueuses par le passé.
Le médecin évalue son niveau de dépendance et lui prescrit un patch, associé ponctuellement à des comprimés à sucer pour les moments de forte envie. L'ordonnance permet un remboursement à 65 % par l'Assurance Maladie, le reste étant pris en charge par sa complémentaire santé. En parallèle, elle s'inscrit à un suivi téléphonique au 39 89 pour bénéficier d'un accompagnement régulier par le même tabacologue. Quelques semaines plus tard, elle utilise aussi la roue des économies du kit Mois sans tabac pour visualiser concrètement l'argent non dépensé en cigarettes. Aucune de ces briques, prise isolément, n'aurait garanti le résultat : c'est leur combinaison qui a changé la donne.
Les erreurs fréquentes qui font échouer une tentative d'arrêt
Un sous-dosage en nicotine est l'une des causes les plus courantes d'échec : la personne sous-estime sa dépendance, choisit un substitut trop faiblement dosé, continue à ressentir le manque et finit par reprendre une cigarette pour le soulager. À l'inverse, un surdosage peut provoquer des effets désagréables qui découragent de poursuivre le traitement. Dans les deux cas, l'avis d'un professionnel de santé pour ajuster le dosage évite ces écueils.
Une autre erreur fréquente consiste à vouloir arrêter seul, sans aucun accompagnement, alors que la HAS rappelle le rôle indispensable du soutien évoqué plus haut. Ce n'est pas une question de volonté insuffisante : la dépendance à la nicotine est une dépendance physique, qui se traite comme telle. Enfin, sous-estimer la durée nécessaire du traitement est également une source de rechute : arrêter un substitut nicotinique trop tôt, avant que le besoin physique ait réellement diminué, expose à un retour en arrière évitable.
Le mode de vie autour de l'arrêt compte aussi. Une activité physique régulière peut aider à mieux gérer le stress qui accompagne parfois le sevrage ; pour des repères concrets sur les quantités recommandées, notre article sur l'activité physique et les minutes recommandées par semaine propose des pistes simples à mettre en place. De la même façon, la consommation d'alcool mérite une attention particulière pendant cette période, car elle est souvent associée à l'envie de fumer ; les repères de consommation d'alcool à moindre risque donnent un cadre utile pour éviter qu'une habitude n'en remplace une autre.
Qui fait quoi : panorama des acteurs de l'aide à l'arrêt du tabac
| Institution ou dispositif | Rôle principal |
|---|---|
| Médecin, chirurgien-dentiste, sage-femme, infirmier, masseur-kinésithérapeute | Évaluer la dépendance, prescrire un substitut nicotinique remboursé ou un traitement de seconde intention |
| Pharmacien | Délivrer les substituts nicotiniques, conseiller sur le dosage et les modalités de remboursement |
| Le 39 89 | Accompagnement téléphonique gratuit (hors coût d'appel) par un tabacologue, du lundi au samedi de 8h à 20h |
| Tabac info service (site internet) | Information sur le tabagisme, ses traitements, questions à un tabacologue, annuaire des tabacologues |
| Santé publique France (opération Mois sans tabac) | Kit d'accompagnement sur 40 jours, simulation des économies, orientation vers les professionnels de santé |
| Haute Autorité de Santé | Recommandations de bonnes pratiques pour les professionnels de santé qui accompagnent l'arrêt du tabac |
Questions fréquentes
Faut-il une ordonnance pour acheter des substituts nicotiniques en pharmacie ?
Une ordonnance n'est pas obligatoire pour acheter un substitut nicotinique, mais elle est nécessaire pour bénéficier du remboursement par l'Assurance Maladie. Elle peut être établie par un médecin, un chirurgien-dentiste, une sage-femme, un masseur-kinésithérapeute ou un infirmier.
Combien de temps dure un traitement par substitut nicotinique ?
Selon Santé publique France, le traitement dure en moyenne de 3 à 6 mois et peut être prolongé si nécessaire, en fonction de l'évolution du besoin physique en nicotine.
Le bupropion et la varénicline sont-ils remboursés ?
Seule la varénicline est remboursée par l'Assurance Maladie. Ces deux médicaments ne sont délivrés que sur ordonnance et ne sont utilisés qu'en seconde intention, lorsque les substituts nicotiniques n'ont pas suffi. Ils ne sont pas recommandés chez la femme enceinte ou qui allaite, ni chez le fumeur de moins de 18 ans.
Le 39 89 est-il vraiment gratuit ?
Le 39 89 est un service gratuit, seul le coût de l'appel reste à charge selon l'opérateur téléphonique. Il est accessible du lundi au samedi, de 8h à 20h, et propose un suivi par le même tabacologue tout au long de l'arrêt.
La cigarette électronique peut-elle être conseillée pour arrêter de fumer ?
Non, pas à titre de recommandation officielle à ce jour : la HAS indique qu'elle n'est pas recommandée comme outil d'aide à l'arrêt du tabac, faute de données suffisantes sur son efficacité et son innocuité, même si son usage temporaire par un fumeur qui veut arrêter ne doit pas être déconseillé. Pour une situation personnelle, il est préférable d'en discuter avec son médecin traitant ou son pharmacien.
Que contient le kit Mois sans tabac ?
Il comprend un livret « Programme 40 jours » avec des défis quotidiens, une roue des économies pour simuler l'argent non dépensé en tabac, et deux dépliants, l'un présentant les outils de Tabac info service, l'autre encourageant le recours aux professionnels de santé.
Ce qui frappe, en reparcourant ces recommandations, c'est à quel point l'arrêt du tabac est devenu un parcours balisé plutôt qu'un pari solitaire. Les outils existent, ils sont en partie remboursés, et ils fonctionnent mieux combinés qu'isolés : un substitut bien dosé, un accompagnement humain, et un cadre temporel comme celui proposé par le Mois sans tabac. Reste à faire le premier pas, souvent le plus simple de tous : en parler à son médecin traitant, son pharmacien ou au 39 89, sans attendre d'être certain de réussir du premier coup. Pour aller plus loin sur les autres habitudes qui pèsent sur la santé au quotidien, la rubrique Hygiène de vie de ce magazine rassemble des repères concrets sur le sommeil, l'activité physique ou la sédentarité, autant de leviers qui accompagnent utilement un sevrage tabagique. Notre article sur la sédentarité et ses effets sur la santé donne par ailleurs des pistes simples pour bouger davantage pendant cette période de transition.
Sources
- Sevrage tabagique : quels sont les traitements efficaces ? | Santé publique France
- Mois sans tabac : le kit pour arrêter de fumer | Santé publique France
- Tabac | Santé publique France
- Arrêter de fumer et ne pas rechuter, dossier d'information patient | Haute Autorité de Santé
- Le 39 89 | Tabac info service
- STOP au tabac | Forum Assurés Ameli
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Clotilde Vasseyre, rédactrice en chef. Journaliste santé, elle traduit les recommandations officielles de prévention en conseils concrets. Chaque chiffre est vérifié à la source.



